“Les gens ne se rappelle pas de toi pour ton business, mais pour ce qui tu as fait dans la société”.
Dame Anita Roddick sera peut-être l’exception. La fondatrice de Body Shop qui nous a quittés le 10 septembre dernier laissera le souvenir de son exploit commercial, mais aussi de son grand cœur, son énergie débordante, son humour, sa sensibilité, sa pêche, sa détermination et son langage franc, osé. “Soyez authentique”, aimait-elle dire.
Rien ne laissait présager que cette petite femme, issue d’une famille modeste d’immigrés italiens, avec une crinière de boucles noires au look flower-power réussirait un jour à réaliser son rêve : faire des produits cosmétiques naturels, soucieux de la Terre et des hommes et connus dans le monde entier. Cette femme hors du commun, visionnaire du développement durable, a su créer avec la passion, la créativité et le coeur une entreprise à succès planétaire qui faisait aussi face à ses responsabilités sociales et environnementales. Et bien au-delà.
Militante depuis avoir lu un livre sur l’Holocauste à l’âge de 10 ans, activiste invétérée de la cause animale, environnementale et des droits de l’homme, elle a laissé derrière elle une multitude d’histoires d’actions pour un monde meilleur. Nous nous souvenons de son engagement pionnier contre les tests sur les animaux dans l’industrie cosmétique, de son débat public sur l’estime de soi et l’image du corps à travers les affiches de la poupée Ruby qui rappelait au gens que « la beauté est avant tout une affaire de confiance en soi et pas de tour de cuisse ». Sur le front des droits de l’homme, Body Shop a mené aux côtés d’ONG comme Greenpeace, Amnesty International, Friends of the Earth, Children On the Edge, entre autres, d’innombrables campagnes. En 1990 Anita s’est battue avec d’autres organisations contre le géant pétrolier Shell qui dévastait les terres et les fermes des habitants Ogoni du delta du Niger pour exploiter le pétrole. Après 4 ans de pression continue, Shell a dû céder et mettre en place une politique sociale et environnementale.Body Shop a permis à Anita Roddick de diffuser ses idées, des idées avec des ailes qui ont voyagé dans le monde entier.
“Les grands initiateurs sociaux posent toujours des questions”, a-t-elle dit une fois. Anita avait l’écoute et l’empathie pour l’autre, un grand respect pour le savoir des peuples que notre société considère sous-développés : « Chaque fois que je me retrouve avec des peuples autochtones, j’ai le sentiment inexplicable que les choses sont exactement telles qu’elles doivent être ». Des images d’elle auprès des l’habitants de contrées lointaines me faisaient penser à une anthropologue ou à une coopérante, plutôt qu’à une ‘businesswoman’. 
Pendant ses rencontres avec ces peuples elle n’a pas seulement puisé dans leur know-how par intérêt, mais elle a permis à des milliers de familles d’avoir un emploi et un revenu décent. Précurseur du commerce équitable, Body Shop a commencé en 1991 des relations commerciales avec les Indiens Kayapo du Brésil. Leur communauté fournit l’huile de noix d’Amazonie et les bénéfices sont destinés à des initiatives de santé publique, des projets éducatifs et la sauvegarde de la forêt tropicale. Autres exemples: le beurre de karité du Ghana, la toile de jute du Bangladesh, l’huile de sésame du Nicaragua, le miel et la cire d’abeille de la Zambie et d’autres encore. Body Shop a utilisé son savoir-faire, sa créativité et son pouvoir d’achat comme déclencheur de changement social.
Anita est restée fidèle à elle-même et à sa vision jusqu’à la fin, même si une pluie de critiques lui est tombée dessus lors de la vente d’une majorité d’actions Body Shop à L’Oréal. Elle ne se considérait pas seulement une activiste, éco-combattante et féministe, mais aussi une ‘amazone de Troie’ : infiltrer ‘l’ennemi’ et croire que ce ne sera pas l’autre qui nous changera, mais que c’est nous qui allons le changer. Elle disait : « Je suis une optimiste pathologique ».
Un aspect peut-être un peu moins connu chez Anita résidait dans sa spiritualité vivante qui se reflétait dans le titre de son livre «Corps et âme», son amitié avec Matthew Fox , le Dalai Lama et Thomas Berry et son engagement pour la revue « Resurgence ». Dans son livre «Business as unusual» elle affirme que le business étant plus puissant que les états et l’église, les entreprises ont le devoir d’assumer un leadership moral dans la société. Mais pour cela il faut pouvoir se reconnecter avec notre environnement des humains, des plantes et des animaux en passant d’une attitude anthropocentriste à une attitude écocentriste et empathique. Dans un livre qu’elle a édité : «Une révolution dans la gentillesse» , elle dit « …quand le langage purement économique se transforme en réflexion, compassion et dévouement pour la cause sociale, les gens sentent qu’ils peuvent emmener leur cœur au travail ».
C’est sur cette image que nous allons penser à Dame Anita Roddick, une amazone du business, une femme au grand cœur, une visionnaire, une conteuse du développement durable, une 'pasionaria' qui va nous manquer énormément.
Crédit Photo: Anita Roddick et Credit photo: http://www.grainesdechangement.com/corpsetame.htm
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« True human beings can have no hope of an evolutionary future except in association with all the rest.»
Teilhard de Chardin